Apprendre à identifier mes besoins

Semaine 8 : M’apaiser en identifiant mes besoins

Marion est stressée, elle fait tout ce qu’elle peut pour être aux petits soins auprès des personnes. Dans son travail, elle se montre disponible, prête à répondre à leurs moindres besoins, attentive et consciencieuse, elle est également très vigilante à répondre à la demande de sa hiérarchie.

Pas besoin de préciser son métier, son âge ni même son pays. Marion c’est elle, un peu vous et un peu moi.

Elle n’a pas vraiment de temps pour penser à ce qu’elle fait ni au sens qu’elle y met car elle le fait avec ses tripes et qu’elle y passe déjà beaucoup de temps. Marion parle parfois de ce qu’elle vit mais c’est rare. Elle a des amis mais elle ne veut pas les embêter avec ces états d’âme. Parfois elle le regrette mais c’est comme ça qu’elle a appris à faire avec ses proches.

Parfois il y a la goutte d’eau, elle a beaucoup donné et a le sentiment d’avoir peu reçu en retour, elle sent comme un vide en elle, tout au fond de son cœur. Elle sait qu’elle a bien fait, qu’elle a fait son possible et elle pense parfois que la vie est injuste.

Marion peut mettre des mots sur ce qu’elle ressent quand elle est à bout, quand elle est obligée parce que le psychologue, le médecin, la copine ou l’inconnu lui pose la question de ses larmes. Elle n’a pas l’habitude mais elle peut nommer quand même les frustrations, l’impuissance, la colère et la tristesse.

Et quand on lui demande de quoi elle aurait besoin … Marion me regarde et là, elle ne sait plus quoi dire …

Avoir conscience de ses besoins

Comme on a pu le voir dans l’article concernant les émotions et celui de la semaine 3 et son exercice de conscience de soi, nous n’avons pas tous la même facilité et la même connaissance des mouvements intérieurs qui régulent nos émotions.

Nous avons parcouru dans ces deux pages les notions d’émotions, de sentiments, qui nous sont importants pour comprendre et gérer notre fatigue émotionnelle. Il y a une continuité dans ce travail de découverte. Pour moi cela passe par la découverte des besoins. Je vous avais promis de débroussailler un peu cette notion et cette semaine nous y voilà.

besoins

Qu’est ce que “les besoins” ?

Dans un sens général, pour le Larousse, un besoin est « une exigence qui nait d’un sentiment de manque, de privation de quelque chose qui est nécessaire à la vie organique : besoin de manger, de dormir » ou nécessaire à l’existence.

Cela peut aussi se définir comme un « sentiment de prévention qui porte à désirer ce dont on croit manquer ». Toutefois la définition des besoins est finalement assez complexe car elle se retrouve dans plusieurs champs de réflexion : la relation de l’homme avec le travail, le fonctionnement psychique, la communication, …

 

Généralement, le besoin se distingue de l’envie car le premier correspond à la recherche pour combler le manque d’un élément nécessaire à la vie et le second à un désir superficiel, non indispensable à la vie même s’il n’est pas satisfait. La nécessité du besoin peut-être consciente ou inconsciente.

 

Différents courants de pensée

 

Il existe de nombreuses classifications différentes des besoins qui sont souvent contestés puisqu’elles sous-entendraient que les besoins sont identiques pour tout être humain.

 

En psychanalyse, le besoin est d’ordre physiologique. Il exige d’être satisfait. (Cf. les écrits de Freud et de Lacan). Certains psychologues et psychanalystes questionnent les classifications qui ont tendance à oublier les singularités de l’individu.

 

De nombreux auteurs ont pensé cette notion de besoin en lien avec les notions de motivation afin de comprendre le fonctionnement des individus et des groupes en rapport avec le travail.

 

Dans une vision théorique de « l’homme au travail », Abraham Maslow serait le premier à avoir hiérarchisé les besoins. Il a créé une pyramide des besoins qui engendre des motivations, elles aussi hiérarchisées (voir ci-dessous). Elles peuvent avoir différentes dimensions individuelles ou sociales. Pour A. Maslow il est nécessaire de satisfaire les besoins de base afin d’atteindre les niveaux supérieurs.

Maslow
Pyramide des besoins – A. Maslow

En 1961 David McClelland a mis l’accent sur trois besoins du sommet de la pyramide de A. Maslow qui correspondent pour lui à la motivation au travail.

Dans le domaine des soins infirmiers, c’est en 1947 que Virginia Henderson a représenté un modèle en sciences humaines qui différencie 14 besoins fondamentaux.

En ressources humaines, c’est la classification de Clayton Alderfer qui est utilisé.

Les différents besoins

Dans la littérature on retrouve généralement 3 types de besoins différents:

  • Les besoins fondamentaux aussi appelés besoins élémentaires, ou nécessaires ou physiologiques, sont indispensables à la vie de l’être humain, permettent notre bon fonctionnement et la subsistance.

 

  • Les besoins primaires ne sont pas vitaux mais restent hautement souhaitables pour notre bien-être. Ils dépendent de la personne elle-même, du contexte dans lequel elle évolue (sa situation, le temps, l’environnement,…). Ce sont malgré tout des besoins prioritaires.

 

  • Les besoins secondaires ont plutôt un lien avec la réalisation de soi, une vision de l’idéal et une capacité à se surpasser. Ils sont subjectifs, en lien avec la recherche de sens et l’envie de réaliser tel ou tel élément de sa vie.

 

Le point commun de ces théories semble être que, pour chaque individu, lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, le mouvement conscient et inconscient de l’être sera tourné vers sa satisfaction. Et cela d’avantage lorsque le besoin est vital ou prioritaire.

Les besoins dans la communication non violente

Pour cette semaine on va faire plus simple et nous ouvrirons le débat si nécessaire dans un tout autre article du blog. Je vais sciemment me référer à la théorie des besoins selon le référentiel de la Communication Non Violente. En terme de bien-être émotionnel c’est pour moi une référence incontournable.

eau

Le besoin créé la sensation de manque, il est accompagné d’un sentiment ou d’une émotion désagréable et pousse l’individu a tenter de satisfaire ce besoin. Lorsque le besoin est satisfait, c’est un sentiment et une émotion de bien-être qui vont émerger avec un désir de pouvoir maintenir cette satisfaction dans le temps.

 

En communication non violente c’est une énergie fondamentale commune aux êtres humains et même aux êtres vivants.

  • Les besoins dit « superficiels » suscités par nos pensées (cohérence, compréhension, estime de soi, justice, partage, …)
  • Des besoins sociaux (appartenance, soutien, tendresse, …)
  • Les besoins organiques (autonomie, confiance, empathie, ordre, sécurité)
  • Des besoins spirituels (beauté, jeu, paix, harmonie, …)
  • Les besoins physiologiques (abri, alimentation, repos, lumière, alimentation, …)

En ce moment mon lieu d’information privilégié concernant la CNV est le site internet la voie de l’écoute par Jean-Philippe Faure et Muriel Hemelsoet. Vous y trouverez ici la liste des 48 besoins fondamentaux, ici une liste plus complète de 240 besoins. Ces documents sont partagés en Copyleft par les auteurs afin de permettre un meilleur accès à la pratique de la CNV.

A quoi servent les besoins ?

 

Ils nous orientent vers les moyens nécessaires à notre bien-être et à notre subsistance. Pour faire court, leur satisfaction produit du bien-être et l’insatisfaction des besoins produits un mal-être qui peut parfois amener, selon les besoins, à la mort.

Les besoins ne sont pas liés à un lieu, à un moment ou à une personne. Sinon ce sont des “stratégies” mises en place pour satisfaire le besoin.

Exemple : « Je pense avoir besoin que mon professeur soit fier de moi pour arriver à progresser. Sinon je n’y arriverais jamais ! » Votre besoin ne dépend pas de votre professeur. Le besoin de reconnaissance ne se limite pas à votre professeur. Il peut être nourri d’une autre façon. Le lier à lui uniquement est une « stratégie » inconsciente.

blessure

Faire la différence entre besoins et stratégie permet de connaître nos réels besoins (fondamentaux) et nous aide à nous défaire de nos croyances (par exemple, “Eric et Sophie doivent me manifester de l’attention pour que je me sente bien” est une croyance).

 

Cette différence amène à une prise de conscience qui nous apporte plus d’autonomie, on peut ressentir davantage de maîtrise sur notre vie, car ainsi notre bonheur dépend de nous plutôt que de l’extérieur.

 

Bonne nouvelle pour un minimum  d’effort

 

Il n’est pas toujours nécessaire de passer à l’action pour satisfaire un besoin : le reconnaître c’est déjà apaiser une tension au niveau énergétique.

Reconnaitre un besoin c’est s’ouvrir à nous-même et aux autres besoins présents. Le seul fait de nous connecter à nos besoins nous permet de nous apaiser.

 

Nos besoins par rapport à la fatigue

En Communication Non-Violente il est un postulat : « à chaque instant, quel que soit le mobile qui nous anime, nous ne pouvons rien faire d’autre qu’essayer de satisfaire un besoin ».

Après avoir reconnu le sentiment ou l’émotion liée, se connecter à nos besoins et les reconnaitre à un effet sur notre fatigue émotionnelle. C’est une opportunité de trouver un moyen de faire baisser un sentiment désagréable sur un court, moyen ou long terme.

Mettre un mot sur le besoin nous donne l’occasion d’y répondre mais nous permet également d’accepter l’émotion. En effet en comprenant d’où vient votre tension désagréable, vous pouvez vous réconcilier avec vous-même et remercier le sentiment désagréable de vous avoir mis sur la piste de votre besoin.

En donnant la possibilité d’agir ou simplement d’être conscient, l’identification du besoin est une source d’énergie positive et agréable. C’est donc un bon moyen de lutter contre l’épuisement émotionnel.

 

Identifier comment ?

 

Premièrement il nous faut nous familiariser avoir les besoins existants. Les connaître permet d’y être à l’écoute.

C’est une découverte à effectuer pour nous-mêmes et, pour plus d’effets c’est un exercice à mener sur le long terme.

Pour plus de plaisir, on peut orienter cet apprentissage comme un jeu. Cela peut être une expérience personnelle ludique et agréable. Le plaisir d’apprendre à se connaître. Comme vous le feriez pour apprendre à connaître davantage un ami cher ou un animal auquel vous tenez.

expression

Proposition de cette semaine

 

  1. Je vous propose de découvrir les diffèrent besoins les plus connus en cliquant sur ce lien vidéo.
  2. Appendre une nouvelle gymnastique ci-dessous qui articule émotion/sentiment et besoins.
  3. Expérimenter les bienfaits de l’identification des besoins.

 

Commencez petit

Marion est en train de lire un livre à une terrasse. Un groupe de personnes s’assoit à côté d’elle et parle si fort qu’elle lit 3 fois la même phrase en vain, elle ne peut plus se concentrer. Une émotion monte, suivi de sentiments fort désagréables.

  • Commencez par écouter les pensées, les jugements, et autres mots qui surgissent au moment de l’émotion ou du sentiment désagréable.

Elle a les joues qui rougissent, ses bras se tendent, elle gesticule sur sa chaise. Des pensées lui viennent « non mais quel sans gêne ! » « ils se croient seuls au monde ? » « il faut toujours que ça tombe sur moi ! » « si je pouvait en étrangler un ça me ferait surement du bien, … »

  • Laissez dérouler vos pensées et amenez petit à petit vos pensées sur vous, sur vos sensations du corps :

« je suis tendu, j’ai chaud, je crois que je suis en colère »

  • Dérouler encore vos pensées et vos jugement puis commencez à parler en « je » et à nommer vos ressentis:

« je n’ai jamais le temps de faire quelque chose pour moi ! Cette fois-ci j’ai 15 minutes rien qu’à moi et il faut qu’on me les gâche » « je suis énervée, agacée et triste de ne pas profiter pleinement de ce moment ! »

  • Enfin faite le lien avec les besoins qui se cachent derrière vos sentiments:

« je manque de temps, j’ai besoin de temps pour moi. » « mais c’est aussi de respect de ce temps dont j’ai besoin ! Et aussi de calme ! »

  • Voyez ce que cela change de parler ainsi en vous.
  • Qu’est ce qui se passe en vous ? Comment vous sentez vous ?

Marion dit que c’est bien normal d’être en colère quand elle besoin de calme. Elle dit qu’elle est contente d’avoir écouté cette alarme en elle pour l’amener à trouver plus de calme. Puis elle s’est remerciée de s’être écoutée. Elle est heureuse de s’offrir un peu plus de cette disponibilité qu’elle sait si bien offrir aux autres.

Chacun à son rythme

Je vous laisse effectuer cet exercice plusieurs fois dans la semaine (au moins 3 fois) et j’attends vos retours concernant vos ressentis, les freins que vous avez trouvés, les questions, les difficultés.

Attention : les pensées et jugements sont naturels, on en a tous. Le but est de les dépasser pour s’écouter vraiment. Ils ne sont qu’un passage, une petite enveloppe qui renferme nos besoins.

bien-être

Chacun y parviendra à son rythme et en fonction de ses facilités ou de ses habitudes.

Soyez indulgent si vous êtes novice.

Bravo d’avoir essayé !

Après chaque essai je vous invite à vous féliciter allégrement d’avoir essayé ! Bravo à vous d’avoir tenté l’expérience et donc de vous être octroyer de l’écoute et de la bienveillance. Cet exercice vous amène à vous relier à ce que nous avons tous d’égaux : nos émotions et nos besoins. Bienvenu parmi la grande famille des êtres humains !

 

Nous nous retrouvons dans une semaine pour faire le point !

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7 Replies to “Apprendre à identifier mes besoins”

    1. Merci pour ton commentaire Florie, effectivement travailler sur soi et un exercice à part entière qui nécessite un peu d’investissement. Par contre c’est un chemin de découverte incroyable lorsqu’on trouve les bons accompagnements. Et puis ce qui aide c’est de prendre cette expérience comme un jeu 😊

  1. Un article très intéressant tant il touche à notre intimité. Identifier ses besoins, savoir les exprimer, savoir accueillir les besoins des autres tout en respectant les nôtres, encourager nos proches à nous renseigner sur leurs besoins… voilà les clés de tellement de problématiques aujourd’hui 🙂 Bravo d’être allée creuser sur un sujet si sensible

    1. Merci Valentine ! C’est un cheminement effectivement très riche pour soi et pour nos proches. Très utile dans nos questionnements autour de la parentalité 😉

  2. Bonjour Alicia,
    Merci pour ces conseils. Pas toujours simple d’identifier ses besoins. Il faut apprendre à s’écouter. Pas si évident d’être indulgent avec soi-même. Toutefois, j’y travaille. Alors, comme tu le suggères, je vais me féliciter !
    C’est vrai que cette simple action donne le sourire. Merci Alicia.

    1. Merci Carine et bravo d’avoir choisi de te féliciter ! C’est tellement important de s’octroyer de l’amour et de la compréhension 😊 c’est bien d’essayer de devenir notre première meilleure amie 😊

  3. Intéressant, je n’avais pas vu l’identification des besoins comme un moyen de prévenir l’épuisement émotionnel. Mais c’est vrai. De toute façon, un travail d’introspection est toujours bénéfique pour avancer.
    Merci pour cet article.

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