Semaine 3 : conscience de soi

« Je ne veux, pour rien au monde, étouffer cette petite voix qu’est ma conscience, ou l’expression de ce qu’il y a de plus profond en moi ».

Gandhi

 

C’est quoi la conscience de soi ?

La conscience de soi est la capacité à être conscient à la fois de nos pensées et de nos humeurs. Les psychologues parlent de Métacognition et de Métahumeur.

Elle se manifeste par une attention « flottante ». C’est-à-dire une attention, une disponibilité, sans autre objectif particulier que d’accueillir ce qui vient.

A l’intérieur de notre cerveau la conscience de soi est possible par l’activation du néocortex et notamment de l’aire du langage qui permet d’identifier et de nommer les émotions en jeu.

conscience

Une distance légère :

Cette attention n’est pas aux prises avec les tempêtes émotionnelles. Elle permet de garder notre capacité d’autoréflexion.

Cette conscience de soi est importante car c’est la première étape avant la maîtrise des émotions:

C’est donc “l’aptitude émotionnelle fondamentale sur laquelle s’appuient toutes les autres, notamment la maîtrise de soi” et l’intuition, écrit Daniel Goleman dans l’intelligence émotionnelle.

Pour rappel, l’intelligence émotionnelle est composée de :

  • La connaissance des émotions,
  • La maîtrise des émotions,
  • L’automotivation,
  • La perception des émotions d’autrui
  • La maîtrise des relations humaines.

Comprendre que l’on éprouve telle ou telle émotion nous permet d’accéder à d’autres possibilités de réaction et de vécu interne.

Pourquoi améliorer notre intelligence émotionnelle par un exercice ?

Plusieurs expériences de recherche entre 1990 et 1995 dans des écoles aux Etats Unis ont montré que les élèves ayant bénéficié d’une éducation émotionnelle (dont les premières aptitudes transmises étaient d’identifier et de nommer les émotions) ont développé, entre autre, une meilleure tolérance au stress, à la solitude et à l’anxiété, un sentiment plus positif sur soi et moins de comportement autodestructeur.

C’est un axe important dans la lutte contre l’épuisement car nos sensations sont liées à nos habitudes de vie et parce que notre motivation est fonction de notre conscience de nous-même.

Nos sentiments nous informent sur notre niveau de bien-être :

  • notre confort
  • mais aussi notre participation intellectuelle
  • et notre niveau de satisfaction

C’est donc également par cette conscience de nous-même que l’on peut apprendre à reconnaitre nos limites et à répondre de façon adaptée à nos besoins.

sentiments

Attention : Les sentiments résultent parfois de nos interprétations

L’amertume, l’agressivité, les ruminations proviennent parfois du fait que l’on attribue aux autres les raisons de notre malaise… d’ailleurs nous avons souvent plus de vocabulaire d’insultes que de vocabulaire des sentiments … ça vous parle ?

« Nous ne sommes jamais plus mécontents des autres que lorsque nous sommes mécontents de nous. La conscience d’un tort nous rend impatients, et notre cœur rusé querelle au-dehors pour s’étourdir au-dedans ».

Henri Frédéric Amiel

Il y a des personnes qui ne semblent pas avoir d’émotion …

Il existe un trouble, que l’on appelle l’alexithymie : terme créé par le psychiatre Peter Sifneos et qui désigne les personnes qui n’ont pas de mot pour exprimer les sentiments. Un disfonctionnement cérébral en serait à l’origine et dans leur cas c’est la conscience de soi qui ne leur est pas accessible.

Ces personnes ont bel et bien des émotions mais le fait même de ne pas pouvoir mettre des mots dessus fait qu’ils agissent et pensent comme s’il n’en avait pas. Ce sont des personnes qui ont de grosses difficultés à pouvoir prendre des décisions.

émotion

Les sentiments sont nécessaires pour que l’on puisse prendre des décisions :

On a besoin de nos ressentis d’intuitions pour faire des choix. Nos ressentis agissent comme des alarmes au moment de prendre des décisions importantes (travail, vie familiale, choix de vie, …) Antonio Damasio (neurologue, professeur et auteur portugais) les appelle des « marqueurs somatiques » c’est en fait une mémoire « physique » qui se rappelle à nous.  C’est eux qui nous permettent de répondre avec nos tripes. Pour prendre de meilleurs choix il faut donc être en accord avec nos émotions.

Amener notre état émotionnel vers le cortex (la zone du langage) c’est avoir la possibilité de laisser couler, de prendre une décision, de se défaire de nos sentiments négatifs ou de pouvoir dire non.

Apprendre à être conscient de soi

Naturellement être conscient de ce que l’on ressent ne nous laisse pas indemne de jugement. La conscience de soi nous donne la possibilité de nommer ce que l’on ressent mais également de pouvoir y adjoindre une pensée « je ne devrais pas me mettre dans cet état », « ça n’a aucune importance », « c’est à cause de lui si je suis triste comme ça ! », etc…

Notre cerveau passe facilement par l’élaboration d’une évaluation de ce que l’on vit plutôt qu’une observation objective. Cela peut nous empêcher de nous concentrer sur nous-même car on a tendance de ce fait à se focaliser sur autrui et sur ce qui nous a gêné chez lui.

Pour être attentif à nos ressentis nous devons jouer le jeu d’un observateur objectif, c’est-à-dire sans jugement de ce que l’on observe, sans culpabilité, sans évaluation, juste une observation contemplative.

jugement

Deux exercices à faire au quotidien :

  • Un exercice pour être conscient :

L’exercice de cette semaine est donc d’essayer d’être en conscience (faire preuve d’attention ou d’introspection selon le terme qui vous parle le mieux) et de mettre également au jour les pensées qui les accompagnent. Le but est de pouvoir se concentrer petit à petit sur le ressenti et moins sur les pensées.

Commençons petit :

Je vous propose d’observer un moment, de faire un arrêt sur image, pendant votre journée. Choisissez le moment que vous désirez.

Pour marquer ce temps d’arrêt dans l’agitation de votre quotidien, il est plus facile de commencer lorsque vous êtes seul (vous pourrez ensuite le faire en compagnie, pendant une discussion, quand vous serez plus à l’aise). Il est également plus facile de commencer au calme (vous pourrez ensuite vous essayer à l’observation au moment où vous serez en action).

En prenant ce temps de conscience de soi, la fatigue, le stress, l’agitation qui sont en vous peuvent remonter à la surface, venir à votre conscience.

Exemple d’application

Par exemple au moment de la pause repas, pendant une activité de loisir, lorsque vous ressentez une forte émotion, quand vous vous rendez compte que vous ruminez, pendant un débat en famille ou avec des collègues, …

Vous êtes assis ? Debout ? Vous êtes au volant ? Bref quel que soit l’endroit où vous êtes, quel que soit votre entourage (seul ou accompagné) vous devez ressentir plusieurs choses :

  • des ressentis lié au corps (la faim, la fatigue, un confort ou un inconfort, des maux, …),
  • et des ressentis ou tensions émotionnelles: toucher du doigt votre sentiment de l’instant présent,
  • des pensées (a priori, souvenirs du passé, jugements, opinions, …)

Je vous propose donc d’être à l’écoute de votre corps et de tenter de mettre des mots pour les nommer. Prenez conscience par exemple des tensions, des zones où elles se manifestent et du ressenti associé.

Puis de vous attarder sur le ressenti, l’important est d’être attentif à ce ressenti sans volonté de changement ni jugement. Vous apprenez lentement à reconnaitre vos ressentis.

accueillir

Accueillir ce qui vient

Les ressentis remontant à la surface peuvent être agréables comme désagréables, l’important est d’en faire le constat et d’accueillir ce qui vient.

Il est possible que reviennent des pensées sur les évènements récents, sur les personnes que vous côtoyez, sur votre propre vision de vous-même. Ce sont souvent des jugements.

Dans ce cas je vous propose de faire « un constat sans censure, et si possible bienveillant, de cette logorrhée maladroite de notre imaginaire » tel que le décrit Jean Philippe Faure. Ce dernier partage un ensemble de document sur la Communication Non Violente en copyleft sur son site internet. Il nomme cela « l’accueil de ce qui est », première étape du processus d’auto-empathie.

  • Pour compléter cet exercice je vous propose un exercice pour nommer les ressentis : le but est de développer son vocabulaire

Chaque jour en fonction du ressenti, que vous vous sentiez plutôt bien ou plutôt mal, je vous invite à aller chercher un nouveau mot qui soit plus précis que vos termes habituels (« je me sens bien », « je me sens mal »).

Pour vous aider voici quelques idées de mots nouveaux à intégrer à votre vocabulaire :

Liste raccourcie de 168 sentiments (Jean-Philippe Faure)

Tranquillité

à l’aise, apaisé, attentif, calme, centré, comblé, confiant, détaché, détendu, épanoui, inspiré, lucide, ouvert, plein d’amour, posé, rasséréné, rassuré, reconnaissant, relaxé, sensible, serein, soulagé, tranquille

Joie

Amusé, béat, content, curieux, émerveillé, enchanté, enjoué, épanoui, gai, grisé, heureux, hilare, joyeux, léger, ouvert, plein de gratitude, plein de vie, ravi, reconnaissant, satisfait, séduit, transporté, vibrant, vivant,

Surprise

Abasourdi, bluffé, confus, démuni, dépassé, dérouté, désemparé, désorienté, ébahi, éberlué, effaré, embarrassé, étonné, frappé, hésitant,  indécis, perplexe, saisi, soufflé, troublé,

Stupeur

Ahuri, choqué, figé, pantois, pétrifié, sidéré, stupéfait,

Tristesse

Abattu, accablé, affligé, blessé, cafardeux, chagriné, consterné, d’humeur noire, découragé, déçu, démoralisé, dépité, déprimé, désabusé, malheureux, mélancolique, navré, peiné,

Peur

Affolé, alarmé, angoissé, anxieux, apeuré, bloqué, craintif, effrayé, gêné, inquiet, intimidé, sur ses gardes, tendu, timoré, transi,

Terreur

Epouvanté, horrifié, paniqué, terrifié, terrorisé

Colère

à bout, agacé, amer, contrarié, crispé, en avoir marre, en rogne, énervé, exaspéré, excédé, fâché, frustré, horripilé, irrité, mécontent, morose, rembruni, remonté, ulcéré,

Fureur

Enragé, furibond, furieux, hors de soi,

Dégoût

Dégoûté, écœuré, rebuté, révulsé

Coupure avec ses besoins

à plat, accablé, ballotté, chamboulé, claqué, confus, démuni, ennuyé, épuisé, éteint, fatigué, flagada, hésitant, impatient, impuissant, indécis, indifférent, intimidé, languissant, largué, las, lassé, lessivé, partagé, paumé, perdu, résigné, surmené, vidé.

tristesse

Pour aller un peu plus loin, une fois plus à l’aise, continuez l’exercice 2 fois puis 3 puis 4, … selon le temps, la motivation, le jour, votre fatigue, … Bref en fonction de vos possibilités. Sachez tout de même que cet exercice, effectué correctement permet un temps de repos de l’esprit, un apaisement des ruminations, une possibilité de réconciliation avec soi-même, … une meilleur conscience de soi et de ses besoins.

Des jugements que l’on prend pour des sentiments

Il existe des jugements déguisés en sentiments dans l’emploi qu’on en fait au quotidien mais qui ne  sont pas des sentiments. Par exemple :

Anormal, antipathique, arrogant, bête, blasé, bon, colérique, compétent, dépressif, efficace, égoïste, ennuyeux, faible, fautif, fort, fragile, gauche, généreux, idiot, impoli, incompris, indigne, inférieur, infidèle, injuste, innocent, irrésistible, jeune, meilleur, performant, perspicace, privilégié, quelconque, rancunier, réservé, respectable, sérieux, sincère, superficiel, susceptible, sympathique, tolérant, utile, …

La liste ci-dessus ne contient pas de sentiments ce sont des termes qui prêtent à l’autre un pouvoir (agissement de l’autre, de la croyance ou du fantasme, à notre égard) ou évalue, juge, notre comportement, notre valeur, par rapport à un environnement.

 

Pour exprimer un sentiment vous pouvez le faire précéder du verbe « sentir » (je me sens triste, amusé, détendu) ou « être » (je suis heureuse). Mais attention si vous le faite précéder du verbe « sentir » suivi de « que », « qu’il », « que tu » ou « comme » alors il est fort probable que ce qui suivra sera un jugement ou une opinion par rapport au comportement d’autrui (je sens qu’il m’énerve, je sens que ce n’est pas normal, je me sens comme étouffé, que tu m’ignores).

amusez vous

Amusez-vous !

Je vous encourage à vivre cette expérience comme un jeu.

Cliquez ici pour découvrir la vidéo complémentaire à cet article

Prochaine étape :

Si les évènements sont en phase avec nos besoins et nos valeurs,  nos sensations seront agréables.

Notre prochaine étape sera donc d’avoir conscience du lien existant entre nos émotions et nos besoins. Pourquoi ? Parce que, comme le disait Marshall Rosenberg, dans son ouvrage sur la communication non violente au quotidien, « si nous ne sommes pas conscients du lien entre nos besoins et nos sentiments, nous limitons souvent la cause de ces derniers aux seules actions des autres ». Or pour lutter contre l’épuisement il est important de se responsabiliser afin de rester acteur de notre vie.

N’hésitez pas à laisser vos impressions et vos questionnements dans la partie commentaire de l’article.

Si vous pensez que cet article peut intéresser  quelqu’un d’autre, pensez à partager !

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4 Replies to “Semaine 3 : conscience de soi”

  1. Si je comprends bien, après avoir accueilli nos émotions et les avoir nommées, on en déduit nos besoins ? Mais si nous n’avons pas la possibilité de répondre à nos besoins, par exemple 5 mn pour soi, une même émotion négative va se produire. Seulement accueillir l’émotion permettra t- il d’apaiser ?
    En cette fin de semaine j’espère avoir avancée sur cette réflexion ! Merci pour ces expériences !!

    1. Merci pour ta question ! C’est une très bonne question qui introduira tout à fait la proposition qui fera suite à cet exercice lors d’une prochaine semaine. Il y a une toute petite piste de réponse dans la vidéo complémentaire que je viens de mettre en ligne sur la chaîne YouTube. Pourras-tu me dire si cela répond un peu à ta question ? Sinon je me ferais un plaisir de compléter 😊 https://youtu.be/fg6lPtIQ3Aw
      À très bientôt 😉

  2. Cette semaine j’ai eu du mal à prendre un temps de pause pour mettre en mots mes ressentis, sauf à 2 moments. Le premier le besoin était évident donc la solution évidente aussi. Pour l’autre, moment de stress récurent au réveil, je n’ai pas pu comprendre le ou les besoins. Par contre faire ”un pas de côté ” et mettre des mots sur les sensations m’a permis d’être apaisée plus rapidement et de moins subir les émotions. Expérience donc positive mais à poursuivre ! Merci 🤗

    1. Merci pour ce partage GM 🙂 Ce n’est pas évident de prendre le temps de faire un point sur nos émotions quand c’est le début et que nous n’en avons pas l’habitude. C’est tout à fait normal. Si tu as pu expérimenter malgré tout un apaisement plus rapide c’est déjà super ! Bravo ! En continuant à faire cet exercice de temps en temps cela te paraîtra plus facile et les effets seront de plus en plus importants et bénéfiques 😉 Je peux te conseiller la lecture du livre de Marshall Rosenberg “la Communication Non Violente au quotidien” si cela t’intéresse d’aller plus loin, mais également je t’invite à lire dans les prochaines semaines l’article consacré à la compréhension de nos besoin 😉 Belle continuation à toi !

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