Tous inégaux devant la fatigue

Fatigue et épuisement, pareil pour tout le monde ?

  • « Quoi ? Tu es déjà fatigué ?!? »
  • «  Oh la la ! Quelle petite nature tu es ! »
  • « Mais c’est rien du tout un enfant ! moi quand j’avais les jumeaux, … »
  • « A ton âge je dévorais la vie à pleines dents ! »
  • « Tu dois être malade ! »
  • « Eh ben fatigué pour si peu … »

DiscussionQuelques phrases glanées çà et là, en tendant une oreille avertie, qui souligne à quel point chacun vie et se vit différemment à travers les moments de la vie.

Quelqu’un vous fait croire qu’il n’est jamais fatigué ? Infatigable ? Cela n’existe pas !

Nous sommes tous soumis à la fatigue. Processus naturel qui nous alerte quand le repos nous est nécessaire. Pour autant nous sommes définitivement inégaux devant elle car, à effort identique, chacun réagira différemment.  Pour pouvoir éviter l’épuisement il est important de comprendre ce qui nous fatigue et de quelle manière nos différences modifient l’impact qu’elle a sur nous. Pourquoi certains sont à peine fatigués quand d’autres s’épuisent ?

La fatigue se vit différemment ?

·         Nos propres limites.

les limitesNous n’avons pas un seuil biologique mesurable qui sonne notre état de fatigue, c’est un ensemble de facteurs qui, mis bout à bout, créent le niveau de fatigue. Il  existe donc une atteinte physique, bien entendu, mais il y a également la manière dont on vit psychiquement ou mentalement la dépense d’énergie. Les multiples facteurs augmentent ou diminuent la charge physique et psychologique. Tout cela diffère d’une personne à l’autre.

La fatigue passe par notre corps et la réaction à l‘effort par notre corps est singulière.

La fatigue passe aussi par notre esprit et celle-ci dépend de notre rapport à nous-même et de notre rapport au monde en général. S’il faut simplifier on pourrait appeler cela l’état d’esprit.

 

·         Notre état d’esprit.

La fatigue est fonction de notre rapport à l’effort : Si l’effort est choisi délibérément ou s’il nous est imposé, la charge sera plus ou moins importante pour notre mental.

marathon de New York

Les circonstances dans lesquels l’effort est demandé et l’implication de l’individu dans l’effort sont deux facteurs déterminants.

Si l’on prend l’exemple de 5 kilomètres de marche par exemple. Lorsque vous tombez en panne d’essence et que 5 kilomètres vous sépare de la prochaine pompe, l’effort que cela vous demande va produire une fatigue très différente que si vous effectuez  5 kilomètres de marche d’échauffement pour le Marathon de New York. La fatigue sera également différente lorsque vous marchez 5 kilomètres pour soutenir une cause, …

Effectivement dans ces trois situations plusieurs niveaux de rapport à soi et au monde apparaissent : en particulier la circonstance, la volonté, l’implication, la question du choix et le but poursuivi.

D’avantage qu’une simple question de choix, la perception de la fatigue se modifie en fonction du contrôle (mental) que l’on a sur l’effort.

·         D’autres facteurs qui nous distinguent.

Notre âge

Le vécu et l’effort impactent différemment en fonction de notre avancée dans l’âge mais également en fonction des étapes de notre vie. Par exemple les ados ont un rythme de sommeil modifié  (état de somnolence en journée, ils mettent plus de temps à se réveiller, désir de rester au lit, etc…). Celui de la personne âgée également se modifie par rapport à celui d’un adulte.

Notre rythme de vie (notre travail, notre vie familiale, nos habitudes, …)

circulation

  • Le fait d’effectuer un travail « de service » nous expose davantage à une fatigue émotionnelle (rapport au client ou au patient). Les professionnels du soin qui sont confrontés au « stress compassionnel » en sont un bon exemple (ce sera l’objet d’un autre article).
  • Le fait d’avoir de nombreux devoirs envers ses proches (enfants, ou aide auprès d’un parent ou d’un proche en difficulté, …),
  • Une vie sédentaire ou remplie d’activités et d’engagements, une vie nomade, une vie avec peu de repères,

… sont autant d’éléments qui font varier notre niveau de fatigabilité.

Notre Hygiène de vie (Notamment au niveau de notre mode d’alimentation, le soin apporté à notre sommeil, nos prises de risques …)

Notre état de santé  Maladie, traitements en cours, ou notre tempérament (hyperactivité, léthargie, …)

Notre entourage (bienveillance, harcèlement, indifférence, solitude, …)

Et j’en passe …

 

« Tout le monde n’est pas fatigué par le même monde »

femme fatigueCette phrase de Joël Bernat, psychologue et psychanalyste, illustre bien que nous ne sommes pas touchés de la même manière par notre environnement.

 

Dans un même environnement bruyant par exemple,  avec sonnerie de téléphone, bip ou alarme à répétition, etc… notre niveau de tolérance et notre fatigabilité varie d’une personne à l’autre mais également d’une période à l’autre de notre vie.

Comment j’exprime ma fatigue

Ce qui varie également  c’est notre manière d’exprimer la fatigue. Certaines personnes ont besoin et ont l’opportunité de pouvoir exprimer librement leur ressenti de fatigue. Ils se l’accordent et peut-être est-ce valorisé par leur entourage.

Toutefois bien souvent dans certaines sociétés la fatigue peut revêtir un sens opposé au succès et à la réussite, et de ce fait son expression doit être tue. Pour certaines personnes, l’expression de la fatigue sera somatique : elle se manifestera par des symptômes du corps (maux de tête, de dos, troubles du sommeil, …)

Nos particularités psychologiques

le penseurChacun de nous dispose d’un fonctionnement psychologique qui lui est propre. Ce fonctionnement se construit par les transmissions familiales, les apports de l’environnement, par les expériences de vie, l’histoire, les épreuves, les apprentissages, … Cette construction complexe nous rend uniques. Nous nous différencions des autres par nos réflexions, nos pensées, notre fonctionnement inconscient, etc…

 

De fait nous nous fatiguons différemment de notre voisin, par cette singularité de fonctionnement et par la manière dont nos actes et notre entourage nourrissent ou absorbent notre énergie. Cela crée comme une sorte de balance entre nos ressources et dépenses que notre psychisme tente d’équilibrer le mieux possible.

 

L’EQUILIBRE

Les tensions que j’absorbeLes moments de plaisir qui me ressourcent
Je cogite, j’intellectualiseJe ressens, j’utilise mes 5 sens
Je perds le sens, je ne trouve pas de sens à ce que je fais Je donne un sens à mes actions, à ma vie
Ma frustrationMes accomplissements, ce qui me comble
Je subis, je vis passivement, je suis victime, j’ai des traumatismes Ma capacité à dépasser, surmonter les situations difficiles
Ce que je m’interdis par principe et par valeurce que je désire faire, avoir, être
Ce que j’obtiens Mes idéaux de perfection et de réussite

 

Différence d’impact :

inondationChez certains la fatigue sera passagère, le repos suffira, l’organisation de vie permettra suffisamment de ressources. Chez d’autres la fatigue s’accumule, s’amplifie et peut également se chroniciser. C’est la dure expérience des personnes qui entrent dans un processus de Burn-Out ou de fatigue chronique, …

 

La fatigue est à entendre.

Il est rare de nos jours d’avoir pu bénéficier d’une éducation qui nous apprenne les bonnes habitudes de vie à adopter pour savoir gérer notre fatigue. Pourtant  la fatigue est un signal d’alarme qu’il faut savoir écouter.

La fatigue est subjective car chacun à son ressenti propre. Elle a également une existence « objective » qui correspond à la réalité de chaque individu. Nul ne peut donc en juger ou se permettre de spéculer sur notre fatigue.

Chacun doit pouvoir faire entendre sa fatigue lorsque cela lui est nécessaire. Chacun a besoin de pouvoir se ressourcer. Nous avons besoin d’exprimer notre fatigue si on en ressent le besoin et dans ce cas, le premier pas vers l’allègement sera que cette fatigue puisse être entendue et reconnue à sa juste valeur.

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Photo par ordre d’apparition : Thierry Genevois (+photo de couverture), Jeanne Menjoulet (modifiée), Pikadilly, Nadine, Rachel, Vincent Brassinne, Ville de Gatineau.
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4 Replies to “Tous inégaux devant la fatigue”

  1. Bonjour et merci pour cet article qui nous amène à revenir sur notre manière de nous percevoir et de nous juger nous-même autant que notre manière de voir le monde qui nous entoure.
    Ce sujet pourrait aussi être intéressant à aborder dans le cadre des diverses afflictions et troubles, je pense par exemple à la dépression ou aux troubles thymiques, mais aussi aux troubles neuro-développementaux comme le TDA/H, qui engendre beaucoup de fatigue liée à ses caractéristiques mais aussi au décalage des personnes avec TDA/H ou de leurs proches par rapport au reste de la société (mes lecteurs seraient ravis d’avoir l’avis d’un psychologue ! 😉 ).
    J’espère que ces quelques réflexions te donneront plein d’idées, bon courage pour la suite en tout cas et bravo encore pour ce blog !

  2. Merci Anne ! Effectivement ce sont de bonnes idées à développer ! Avec plaisir si mon avis peut intéresser. A très bientôt autour d’une nouvelle discussion 😊

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