Ce bon vieux journal !

Vous pouvez aussi écouter cette article via le podcast du blog en cliquant simplement sur “play” dans le lecteur ci-dessus 😉

Il y a des personnes qui confient chaque jour la moindre de leur pensée, leur expérience de vie, dans les pages de leur journal quand d’autres n’auront sans doute jamais osé écrire une ligne de crainte d’en perdre leur virilité: “Tenir un journal ? C’est pour les petites filles !”. Et puis il y a ceux et celles qui en ont tenu un, quelques jours, quelques années, avant de le laisser prendre la poussière sur une étagère ou au fond du tiroir de leur table de nuit.

Je me rappelle bien ! Les miens ont eu des couvertures enfantines, un champ de tournesol, un clown pastel dans le décor d’une chambre d’enfant, puis plus sobre en avançant en âge, en cuire et relié. Ensuite est venu le temps des écrans, une application qui ne m’a pas inspiré longtemps et finalement des pages de notes. Quelques feuilles volantes par moment. Je n’ai jamais réussi à m’y astreindre régulièrement et en y repensant je donnerais beaucoup pour recommencer de zéro et tout noter !

Et vous ? Avez vous déjà tenu un journal ? A quoi ressemblait-il ?

Si vous avez suivi la semaine 2 du défi du cordonnier, vous avez pu lire les effets bénéfiques engendrés par l’écriture et la prise de note. J’avais en effet abordé la puissance de ces notes pour alléger l’esprit et éviter une partie de la charge mentale. Cette semaine on va parler de l’une des formes d’écriture: le journal.

Avec cette technique ancestrale, nous avons la possibilité de susciter chez nous un allègement de l’esprit mais également des opportunités de réflexion, davantage de clarté, la possibilité de se replonger dans notre passé, des pistes de compréhension, etc …

Après quelques points d’histoire et d’apports scientifiques afin de mieux comprendre comment l’utilisation d’un journal fonctionne, nous verrons ensemble comment nous l’approprier, ou nous le réapproprier, afin d’en faire, à notre tour, notre compagnon de route.

journal

Chers diaristes

Le diariste est le nom que l’on donne aux personnes qui tiennent un journal personnel. Ce terme on le retrouve à la fois de l’ancien mot français “diaire” (registre des évènements de la vie quotidienne d’une institution religieuse) et du terme anglais “diarist” (auteur d’un journal intime).

L’utilisation d’un journal provient de divers domaines (diaire pour l’institution religieuse, journal de bord pour la navigation, journal de guerre, …) c’est donc un outil très ancien qui revêt, de près ou de loin, plusieurs utilisations et objectifs différents.

L’utilisation dont je vais vous parler aujourd’hui ressemble d’avantage à la forme du journal tel qu’il se développait à la fin du XIXème siècle. Après une période où l’on utilisait le journal comme un outil éducatif ou spirituel (journal de bon comportement, de bonnes actions), certaines personnes ont commencé à l’utiliser sous sa forme actuelle: un recueil daté de pensées, de réflexions et d’évènements du quotidien.

Il existe également un journal dont l’objet est “littéraire” ou “artistique”. Un support à travers lequel leur auteur transmet ces mêmes éléments personnels et créatifs mais avec l’intention que d’autres le lisent. On parle alors de journal “extime” ou de “journal personnel”.

Cet article concerne le journal “intime”. Celui qui est caché ou secret. Celui que l’on adresse qu’à soit, ou à un lecteur imaginaire. Celui par lequel on laisse une trace de nos sentiments, nos questionnements et nos évènements de vie. Ce journal là n’a pas vocation à être lu d’un autre et ce caractère secret nous permet d’y noter nos états d’âme avec toute la liberté, la sincérité et la spontanéité qui le rend presque thérapeutique.

Qui parmi vous continue à tenir un journal ? Combien de fois l’utilisez vous dans l’année ? Chaque jour assidument ? Seulement pour les grandes occasions ?

journal personnel

Quelques chiffres:

Selon les études, la population des diaristes se maintient à 8% de la population française entre 1997 et 2008. Parmi eux 74 % l’utilisent en format papier, 18% sur ordinateur. Nous sommes également 8% à avoir recours aux deux supports. (sources en fin d’article)

C’est bon pour nous

Les études scientifiques qui ont porté sur la tenue de journaux intimes, notamment aux États-Unis (voir sources fin d’article), aboutissent à des résultats significatifs concernant les bienfaits sur notre état mental et nos humeurs. Les effets sont autant physiques que psychiques puisqu’ils agissent sur:

  • La diminution du stress et de l’anxiété par la libération émotionnelle au cours de l’écriture de ce qu’on appelle l’écriture expressive.
  • Un meilleur sommeil puisque moins d’anxiété et de stress “of course” 😉
  • Une meilleure capacité d’expression : en pensée et vocalement
  • L’amélioration de notre mémoire (pour écrire on se remémore, on classe, on trie, on place les évènements dans une chronologie et on mobilise également notre mémoire en articulant le geste d’écrire et nos idées, nos pensées)
  • Une meilleure mémoire de travail (celle qui vous permet, entre autre, d’effectuer une tâche au quotidien) car on libère de notre esprit du parasitage causé par les souvenirs et sentiments négatifs en les exprimant dans notre journal.
  • De meilleure capacité pour atteindre nos objectifs (lorsqu’on utilise le journal pour les noter)
  • Une meilleure capacité à se comprendre soi même et à comprendre ce qui nous entoure (la tenue du journal aide à prendre conscience de soi et augmente par la même nos capacités empathiques).
  • Une augmentation de notre QI et de notre créativité
cher journal

A n’en pas douter ces quelques éléments d’études scientifiques vous auront surement donné quelques curiosités de l’effet qu’un journal pourrait avoir aussi sur vous. Laissez-vous tenter, c’est sans danger !

Et puis ce n’est pas pour rien que j’écris ces lignes en ce moment, une crise comme celle que l’on traverse et comme d’autres que nous traverserons sans doute plus tard (avec moins de gravité je l’espère) sont spécifiquement des moments “parfaits” pour utiliser cet outil quasi thérapeutique.

Pour ceux qui voudraient tenter l’aventure, un jour ou l’autre, voici quelques notions d’utilisation du journal en tant que lieu d’écriture expressive.

Mode d’emploi

Mince ! Il y a donc un mode d’emploi ? En fait pas à proprement parler. Philippe Lejeune, auteur et spécialiste du journal personnel, explique d’ailleurs dans une interview sur France Inter qu’il y a presque autant de manières d’utiliser un journal que de personnes qui tiennent un journal.

Ce type d’utilisation personnelle est donc à différencier de l’utilisation “historique” telle que l’objectif du journal littéraire ou de l’objectif qui a orienté la rédaction du Journal d’Anne Franck par exemple, dans lequel l’auteur a la volonté de transmettre un message, une expérience, à être publié et donc est adressé également à un autre que soi.

Ainsi, ce que j’ai pu retenir de mes lectures sur le sujet c’est avant tout que l’écriture d’un journal personnel répond à quelques orientations dont vous êtes le seul à décider d’en faire les vôtres ou non.

La liberté d’expression

Le fait d’écrire un journal personnel ou intime, par essence secret et caché, garantit que l’on puisse y laisser courir nos pensées en toute liberté ! En effet, à la différence d’une séance chez le psy, ou d’une discussion avec notre meilleur(e) ami(e), il n’y a réellement aucune autre attente que celle de s’exprimer ! Pas de volonté de changement, pas de regard orientant votre attention, pas de relance dans le cheminement. Vous êtes seul maître à bord.

journal intime

Le rythme

A chacun son rythme !

Chaque jour 5 à 20 minutes d’écriture ou sans compter, une fois de temps en temps autour d’une tasse de thé, chaque soir au coucher dans l’une de vos routines quotidiennes, c’est à vous de voir.

Toutefois, en tant que psychologue et dans le cadre d’article sur la fatigue émotionnelle, il est important de préciser que les effets du journal seront différents selon que vous souhaitiez en faire une nouvelle habitude et que cela ne vous coûte pas le moindre effort ou si c’est pour vous une astreinte et que vous essayez de vous y mettre chaque jour, parfois à contre cœur …

Ayez donc en tête que cela peut être votre meilleur allié comme un nouvel outil de torture selon la manière dont vous l’introduisez dans votre vie (lisez cet article sur le sujet).

Sans injonction … moins de pression 🙂

Le moment de la journée

En fonction du moment de la journée, vos notes peuvent varier. En effet selon que vous décidiez d’écrire le matin, votre écriture peut permettre de libérer une partie de vos préoccupations. Elle peut aussi permettre d’orienter votre état d’esprit et aura sans doute un effet sur votre journée. Si vous préférez le soir, l’un des bénéfices peut être de libérer vos pensées pour préparer la venue du sommeil. C’est aussi un bon moment de conclusion ou de bilan. Et certain utilise d’ailleurs ce moment pour un journal de gratitudes.

Libre à vous de trouver le moment qui vous convient et/ou de varier selon les jours et les besoins.

Le support

Papier, cahier, carnet, à votre convenance. Ordinateur, application de smartphone, et autre support virtuel à vous de voir et en même temps attention à la protection de vos données 😉

journal de bord

Qu’est ce qu’on y note ?

Généralement le journal personnel permet de noter les éléments de la vie quotidienne, nos réflexions, nos sentiments et nos humeurs. On y libère son esprit avec de belles phrases ou encore en y inscrivant quelques mots sous le coup de l’émotion.

On y laisse ce qui nous importe d’y laisser. Le journal garde pour nous les traces d’un cheminement, des bribes de moments de vie. Il permet de retracer pour nous une progression comme nos moments d’égarement. Parfois c’est un outil qui nous permet de clarifier ce que l’on ressent. Et pour cela il nous faudra y inscrire nos émotions et nos humeurs.

Y parler en “je” peut nous faciliter la tâche mais tout est possible car parfois il peut être nécessaire d’y jeter des pensées brutes avant d’arriver à retrouver le fil et à se réapproprier ce qu’il se passe réellement en nous.

A vous de jouer !

Merci d’avoir lu ces lignes ! Je vous souhaite une belle expérience par l’écriture du journal. Ainsi que la meilleure semaine possible !

N’hésitez pas à me laisser vos réactions, questionnements et témoignages vis à vis de l’utilisation du journal. Songez à vous abonner pour recevoir les prochains articles (blog, podcast et vidéos) par mail 😉

A très bientôt !

En achetant les livres via les liens suivants, la boutique me permet de toucher une commission, cela m’aide à faire vivre ce blog. Merci pour votre soutien 😉

Sources et bibliographie: Enquête sur le nombre de diaristes en France dans “Les Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, par Olivier Donnat, Enquête 2008, La Documentation française, 2009; Etude sur les effets du diarisme dans le Journal of Experimental Psychology: General (JEP: General) de l’APA (Vol.130, n ° 3); Carpenter, S. (2001, September). A new reason for keeping a diary. Monitor on Psychology, 32(8). Article sur les bienfaits du diarime: http://www.apa.org/monitor/sep01/keepdiary.html; https://www.huffpost.com/entry/benefits-of-journaling-_b_6648884; Le livre “3 kifs par jour” de Florence Servan-Schreiber; “L’intelligence Émotionnelle” de Daniel Goleman; “Le journal intime: Histoire et Anthologie” de Philippe Lejeune et Catherine Bogaert;

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2 Replies to “Ce bon vieux journal !”

  1. Un podcast très agréable à écouter, et de très nombreux conseils qui donnent envie de se mettre au journal !
    Je le fais naturellement en voyage, et jamais au quotidien. C’est une erreur. J’ai envie d’acheter mon journal tout de suite !
    Merci

    1. Alicia M dit :

      Bonjour Carine, merci beaucoup pour ce retour d’écoute ! 🤗 Je suis très heureuse que cet article t’ait donné l’envie d’écrire davantage. Je trouve que c’est merveilleux d’écrire durant les voyages. Quelle belle idée ! De là à débuter la tenue d’un journal au quotidien… il n’y a qu’un pas 😊

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