Déni de fatigue ou la métaphore du créneau

Aujourd’hui je vais vous parler de femme au volant. Non ce n’est pas une blague 😂 En réalité je ne vais pas parler « des » femmes au volant mais d’une femme en particulier. La conductrice, c’est moi, et c’est vous aussi dés lors que vous vous reconnaissez dans mon histoire … Je l’appelle la métaphore du créneau.

Voici deux versions d’une même histoire.

La première version est l’histoire d’un créneau en ville:

Je suis au volant de ma voiture et je suis « centrée », concentrée.

Je me donne le temps. 

Voilà ce qu’il se passe

Je regarde mes rétros, j’amorce la marche arrière en fixant mes repères, je prends mon temps, je respire, …

Et je fais appel aux connaissances que j’ai pour effectuer un « bon » créneau.

Je peux m’aider de ressources extérieures :

  • Je regarde, dans la vitrine d’en face, la distance qu’il me reste avant de toucher la voiture de derrière,
  • J’utilise mon expérience en estimant les distances,
  • etc …

Généralement quand je suis dans cet état là ça passe !!! 

Ça passe même bien ! 👍 

Et puis il y a les autres jours. 

Les jours où je ne je suis pas centrée sur moi.

Je ne suis pas présente à ce que je fais, parce que j’ai l’impression que le temps me prend à la gorge, ou que le dossier « machin-chose » m’obsède.

En plus on me regarde faire mon créneau ? 😱 Et ça augmente mon stress.

Quand il y a du stress, quand je suis déjà en train de penser à tout à l’heure.

Je ne suis pas dans l’instant présent.

Je n’ai simplement plus de disponiblité.

Dans cette version ? Mon créneau il ressemble à ça :

Je fais ma marche arrière, nerveusement, ET je fais quelque chose d’incompréhensible:

  • je ferme les yeux en priant pour que ça passe,
  • et je me dis « ça va passer, ça va passer, ça va passer … »
  • … jusqu’au choc. 

Oui d’habitude ça passe !

En fait ça passe peut-être neuf fois sur dix, et puis un jour c’est la fois de trop

Je prends le mur. Je prends la voiture de derrière, ou celle de devant, bref c’est le choc. 

Impossible de revenir en arrière, le mal est fait.

L’impact a eu lieu et les dégâts sont importants.

Pour la carrosserie, pour les dommages collatéraux, pour mon estime de moi, c’est endommagé !

C’est alors le moment de la confrontation à la réalité: celle du pare-chocs froissé, des dégâts matériaux, …

La métaphore du créneau

Cette attitude de fermer les yeux et croiser les doigts je la retrouve dans ce qui favorise mon épuisement.

  • Je me dis que ça va passer,
  • Qu’il y a encore de la marge,
  • Je me dis que j’aurai assez de force ou que mon potentiel énergétique n’a pas atteint ses limites,
  • Que si d’autres peuvent continuer alors moi je le peux aussi,
  • Je me dis que je n’ai pas le choix,
  • Etc… 
Les lecteurs de cet article ont également lu :  Connaître le besoin de choisir les moyens de réaliser ses rêves

Je ferme les yeux sur beaucoup de choses, je me décentre complètement de moi, de mes ressentis, de mon corps, je ferme les yeux et je me dis que « ça va passer ! ». 

Jusqu’au jour où il y a le mur.

Et le mur c’est pas seulement le moment où l’on se rend compte qu’on est allé trop loin, le moment où on est complètement incapable de sortir du lit

Il y a toute ces petites fois ou l’on sent que l’on a eu chaud, qu’on est passé tout prêt de la limite.

Et comme neuf fois sur dix cela a quand même fonctionné, cela nous motive à rester dans l’illusion que cela marchera encore … en fermant les yeux. 

Cette habitude de fermer les yeux et de prier pour que « ça passe » c’est quelque chose que je fais spontanément. 

Ce n’est même pas vraiment volontaire d’ailleurs, je dirais plus que c’est une habitude, un vieux réflexe.

Un psy appellerait ça être dans « le déni ». Un déni de la réalité.

On peut prendre l’habitude de cette superstition 

L’être humain peut devenir un as de cette technique. 

Mais quoi qu’il arrive, comme dans cette métaphore du créneau, un jour nous sommes confrontés à la réalité.

Et notre tôle à nous, quand elle est froissée, elle ne va pas se suffire de deux heures de réparation au garage.

Cela va nous prendre 3 semaines, un mois, six mois, un an ou trois ans même. 

Quelque soit ce qui cause notre épuisement, la prévention et la guérison passera par votre capacité à faire la distinction entre les moments où nous sommes conscients de nos limites et à l’écoute, et les moments où nous ne nous écoutons pas.

C’est pourquoi je vous partage cette métaphore du créneau.

L’objectif est que cette image vous permette, dans votre quotidien, de vous créer une petite alarme dans un coin de votre esprit : 

Dites-vous régulièrement

  • Tiens ? comment je me sens là maintenant ?
  • Est-ce que je suis entrain de fermer les yeux et de prier pour que ça passe ?
  • Est-ce que je suis connecté à ce qui se passe, là maintenant, pour moi ? 
  • ou pas ?

Et pour celles et ceux qui, comme moi, n’y arrivent pas d’emblée, je vous propose de mettre un rappel sur votre téléphone, votre ordinateur, votre agenda avec cette question:

« Comment je me sens là maintenant ?« .

Peut-être que cette métaphore du créneau parlera à l’un ou l’une d’entre vous ?

Et ce sera peut-être l’occasion d’échanger sur ce sujet.

Parce que cela n’arrive pas qu’aux autres et qu’il n’y a pas de « bon moment » pour commencer à penser à soi

De mon côté, ces dernières semaines,  j’ai recommencé un peu à fermer les yeux, emportée par la passion du travail, les exigences du quotidien, ou que sais-je encore ?

En prendre conscience c’est l’opportunité d’une période de récupération pour éviter la grosse catastrophe.

Et quand les symptômes d’épuisement sont graves n’oubliez pas que l’arrêt devient vital !

À suivre …

Mon prochain article parlera de ce qu’on appelle le « pacing »

Les lecteurs de cet article ont également lu :  De bonnes résolutions sans fatigue

C’est à dire justement l’importance et la nécessité pour tous de veiller à notre rythme personnel:

Réguler nos efforts et nos récupérations.

Et cela, au quotidien, chaque semaine, chaque mois ou année afin de garder notre élan de vie … et nos capacités à faire de magnifiques créneaux 😉

Merci pour votre attention et à très bientôt sur 36 solutions contre l’épuisement.

Bon créneau à tous et au plaisir de vous lire !

Alicia

Ressources: Fatigue. Et si on apprenait vraiment à se reposer ? de Leonard Anthony et Adrian Chaboche; « Comment rester vivant au travail » par Catherine Vasey;


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2 Replies to “Déni de fatigue ou la métaphore du créneau”

  1. Complètement d’accord. C’est que l’on s’est dit avec mon conjoint, à bosser comme des dingues, à se lever tôt, à se coucher tard, à courir dans tous les sens. On se reposera plus tard, ça va aller, on se disait. Résultat : cela fait deux semaines que l’on n’arrive pas à se sortir d’une simple rhino-pharyngite. Trop de fatigue cumulé.
    Très bel article, merci

    1. Alicia M dit :

      Bonjour Anne,
      Merci pour votre message qui me touche particulièrement car je peux facilement me relier à ce que vous vivez. Il me semble que chaque prise de conscience de notre fatigue nous permet d’améliorer notre manière d’agir par la suite … ce n’est peut être jamais idéal mais l’expérience nous aide à trouver de nouvelle manière de vivre le quotidien. L’article de la semaine prochaine sur le Pacing pourrait-il vous aider à trouver des pistes ? N’hésitez pas à revenir vers moi si je peux vous aider 😊 Je vous souhaite du repos et de trouver bientôt une nouvelle énergie ! Au plaisir de vous lire.

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